L’image d’Épinal de l’inventeur seul dans son laboratoire, développant sa découverte loin du monde, appartient certes à l’histoire de l’innovation. Elle existe encore, mais elle est de plus en plus rare.
Aujourd’hui, les inventions sont très souvent le fruit du travail de plusieurs personnes, de plusieurs cerveaux qui se complètent et s’enrichissent mutuellement. Ce travail collectif peut prendre deux formes principales : le développement en interne, où toutes les personnes impliquées travaillent pour la même entité, ou l’innovation collaborative, où des individus ou des équipes issus d’entités distinctes décident de joindre leurs forces, de mettre en commun leurs ressources, leurs expertises et leurs connaissances pour conduire ensemble des projets qu’ils auraient plus de mal à mener séparément aussi efficacement.
Cette approche présente des avantages concrets : des projets qui avancent plus vite grâce à l’intelligence collective, un partage des risques et des coûts, des taux élevés de poursuite au-delà des premières phases de validation, et des partenariats qui s’inscrivent dans la durée.
Elle suppose cependant un cadre légal adapté, notamment en matière de propriété intellectuelle, et des règles du jeu définies en amont pour que cette démarche soit réellement efficace.
CoBooster : une association nationale pour l’innovation collaborative en Suisse
C’est dans cette perspective que CoBooster a été fondé en mai 2025. Association nationale à but non lucratif, indépendante et neutre, pilotée par Joëlle Tosetti, CoBooster offre aux entreprises, instituts de recherche et porteurs de projets un espace structuré pour constituer des équipes de projet, cofinancer des études de faisabilité et faciliter l’achat et la vente de brevets.
Christophe Saam, fondateur et CEO de P&TS, siège au comité de CoBooster aux côtés d’Eric Schnyder (CEO de Sylvac), Martin Forrer (CTO de Fisba) et Fabian Käser (CEO de Ctrl-alt-del). P&TS collabore en tant qu’expert en propriété intellectuelle et contribue à définir le cadre légal qui permet à la plateforme de fonctionner dans des conditions optimales pour ses membres.
Un cadre légal conçu par P&TS pour structurer les collaborations
Lorsque plusieurs parties décident d’innover ensemble, définir les règles du jeu avant de démarrer est indispensable. Sans ce cadre, les risques sont réels : conflits entre partenaires sur la propriété des résultats, droits d’exploitation mal définis, difficultés à valoriser les développements réalisés collectivement. Pour permettre aux utilisateurs de CoBooster de s’engager dans des projets collaboratifs dans de bonnes conditions, P&TS a mis à disposition de la plateforme un ensemble de documents prêts à l’emploi couvrant les principaux enjeux juridiques d’une collaboration :
- Programme Rules : les règles générales de fonctionnement de la plateforme ;
- NDA : l’accord de non-divulgation pour protéger la confidentialité des échanges entre parties ;
- Team Project Contract : le contrat définissant les droits et obligations au sein d’une équipe de projet ;
- Statement of Work : la définition précise du périmètre et des livrables attendus ;
- Background IP : la gestion des droits de propriété intellectuelle préexistants que chaque partie apporte au projet.
Ce cadre donne à celles et ceux qui font le choix de l’innovation collaborative les bases nécessaires pour que cette démarche soit une véritable plus-value. Pour les projets qui le nécessitent, P&TS accompagne également CoBooster dans l’élaboration d’accords sur mesure.
27 août 2026 : la première assemblée générale de CoBooster, célébrée chez Dentsply Sirona
Le 27 août 2026, CoBooster a tenu sa première assemblée générale, marquant sa première année d’existence. Pour l’occasion, une demi-journée d’experts a été organisée dans les locaux de Dentsply Sirona à Ballaigue, dans le canton de Vaud. L’événement, intitulé « Creating Long-Term Value from Capital Goods », a réuni plus d’une quarantaine de participants venus de toute la Suisse romande autour d’une question centrale pour l’industrie : comment créer de la valeur à long terme à partir des biens d’équipement, à travers l’économie circulaire, le retrofitting, la réutilisation et une gestion appropriée de la propriété intellectuelle dans les projets collaboratifs.
P&TS y était représenté par Christophe Saam et Romain Barrabas, Customer Relationship Manager.
La propriété intellectuelle dans l’innovation collaborative : 4 approches et leurs points d’attention
La présentation de Christophe Saam, intitulée « Intellectual Property in collaborative innovation: strategy, protection, and licensing », faisait suite à celle de Kamran Houshang Pour, expert en brevets et formateur senior à l’Institut Fédéral de la Propriété Intellectuelle (IPI). Elle a posé une question que tout acteur d’un projet collaboratif se doit d’anticiper : comment aborder la propriété intellectuelle lorsque plusieurs parties innovent ensemble ?
Christophe Saam a passé en revue quatre approches possibles, en soulignant pour chacune les points d’attention à ne pas négliger.
- Aucune règle définie : L’absence de cadre IP est la situation la plus risquée. Chaque partie reste libre de protéger ses propres droits au détriment des autres. Le background IP (ce qu’apporte chaque partie) d’un partenaire peut bloquer l’avancement du projet. Les droits d’exploitation restent indéfinis, ce qui réduit directement l’attractivité du projet pour tout investisseur potentiel.
- La co-propriété de l’IP : Simple à envisager en théorie, cette approche se révèle souvent complexe à gérer dans les faits. Qui dépose la demande de brevet et en assume les coûts ? Qui dispose du pouvoir de décision ? Qui peut accorder des licences à des tiers ? Ces questions doivent être tranchées explicitement, au risque de créer des blocages difficiles à résoudre en cours de projet.
- Un propriétaire unique, les autres titulaires de licences : Il s’agit souvent de l’approche la plus opérationnelle. Un partenaire détient les droits de propriété intellectuelle et en accorde l’usage aux autres via des licences. Cette configuration clarifie la gouvernance et facilite la valorisation commerciale des résultats.
- L’open source : Une option intéressante, mais qui ne signifie pas l’absence de règles. Le choix du type de licence est déterminant. La gestion du third-party IP et du background IP que chaque partie apporte reste essentielle. La question de l’enforcement doit être définie en amont, et le dual licensing mérite d’être envisagé selon le contexte.
Cinq autres intervenants autour de la valeur à long terme des biens d’équipement
La thématique de l’événement a été enrichie par cinq autres experts qui ont abordé la création de valeur à long terme sous des angles complémentaires :
- Sandra Von Kaenel, CEO de GoCircular : « Circular Economy as a Business Opportunity »
- Siddartha Berns, ingénieur R&D à la HEIG-VD : « From Repair to Revival: Unlocking Reuse through a Low-Tech / High-Tech Approach »
- Fabio Ventura, CEO de Ventura Mecanics : « Retrofitting: An Essential Tool for Industrial Sustainability »
- Cyril Amez, Business Development Leader chez Fanuc Europe : « Are Reliable Products without Planned Obsolescence Going Against Inventory Optimization Theory? »
- François Aeby, Advanced Technologies Director chez Dentsply Sirona : « An Example of a Production Machine Life Cycle from a Sustainability Perspective »
La journée s’est clôturée par une visite de Dentsply Sirona, suivie d’un moment de réseautage autour d’un apéritif.
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